17 août 2010
Des
Plumes de plomb, le premier roman de
Nicolas Tondu a obtenu le "Prix des Humanités 2009" ainsi que le "Prix Cinélect 2010 -
Dorothée Théron" qui
Auparavant, Nicolas s'était fait remarquer lors des "Prix Arthur Rimbaud 2006 et 2007" pour son recueil de poèmes L'absence est un endroit comme les autres. Six d'entre eux ont été publiés dans une anthologie de ce prix.
Biographie de Nicolas Tondu
Enfance : tranquille à la campagne près de Villefranche sur Saône où il est né en 1980. Occupations principales : tennis, foot, pêche. Ambiance Tom Sawyer mais sans Joe l’indien.
Adolescence : très marquée par un voyage scolaire en Angleterre où il découvre la musique des Cure, de R.E.M, des Pixies et d’autres groupes qui l’influenceront énormément. Au lycée, il commence à s’intéresser à la littérature grâce à un prof qui l’initie à Baudelaire. Elève dilettante, il fait beaucoup de sport notamment du tennis. Il obtient son bac puis s’inscrit en fac à Lyon pour devenir prof d’éducation physique parce qu’il ne voit pas quoi faire d’autre.
L’université: peu assidu, il arpente plus les bars et les soirées étudiantes que les salles de cours. Sa vie consiste à écouter de la musique et à aller au cinéma en attendant que la nuit tombe. Il découvre Bob Dylan, Lou Reed, les Smiths. Les films de David Lynch, Woody Allen. Et puis surtout, il se met à lire. Salinger, Bret Easton Ellis, Camus, Céline, Coupland, Djian. Ses études ne lui plaisent pas. Après avoir obtenu une licence sans trop savoir comment, il enchaîne les petits boulots avec l’incohérence comme ligne de conduite : il sera surveillant dans un collège, G.O au club Med, professeur de tennis, facteur, serveur pour finalement se réorienter vers des études de philosophie.
C’est là qu’il commence à écrire. Deux romans qui ne seront pas édités puis deux recueils de poèmes qui seront remarqués lors des Prix Arthur Rimbaud 2006 et 2007. Après sa maîtrise de philo, il part à Manchester où il restera dix mois. A son retour, il inscrit Des plumes de plomb, le roman qu’il vient de terminer, au Prix des humanités qu’il remporte en mai 2009.
Aujourd’hui, Nicolas vit à Lyon où il partage son temps entre son métier de prof de tennis et l’écriture.
Des
Plumes de plomb, le premier roman de
Nicolas Tondu vient d’obtenir "Le Prix Cinélect 2010 -
Dorothée Théron" pour lequel il était notamment en concurrence avec
Le club des incorrigibles
optimistes, dernier Goncourt des lycéens.
Ce Prix récompense un premier roman de langue
française facilement transposable à l’écran. Depuis la création du prix en 1987, quatre
romans ont été portés à l’écran. Le "Prix Cinélect" sera officiellement décerné le 25 septembre
2010 à 15 heures en mairie de Joinville où Nicolas recevra une création du sculpteur Benoît Luyckx. S’en
suivront une séance de dédicaces et une discussion avec les lecteurs.
Interview
Remise du Prix Cinélect 2010:
http://www.dailymotion.com/video/xf6lmp_le-prix-cinelect-2010_news
Article paru dans le Parisien à l'occasion du Prix Cinélect 2010:
Interview et présentation de "Des Plumes de Plomb":
http://www.youtube.com/watch?v=0gviWqbuokM
portrait
express, Le Progrès de Lyon.
Un talent à découvrir par Bernard Jadot,
Un talent à découvrir / Photo
Bernard Jadot
Né en 1980 à Villefranche-sur-Saône, le jeune auteur
Nicolas Tondu vit et travaille à Lyon. Après des études de philosophie, il
multiplie les petits boulots. Et ces expériences diverses et variées lui
donnent envie d'écrire. Il se lance tout d'abord dans la poésie, avec deux
recueils qui furent remarqués lors des Prix Arthur-Rimbaud de 2006 et de 2007.
Il se tourne ensuite vers l'écriture de roman, avec « Des plumes de Plomb ».
Coup d'essai et coup de maître, pour ce nouveau talent puisqu'en juin dernier,
l'ouvrage a obtenu le Prix des Humanités, créé par le service culturel de
l'INSA, Philippe Bousquet et Carine Goutalant, ainsi que L'Union des écrivains
de Rhône-Alpes. Un prix remis dans les salons de l'hôtel de ville de
Villeurbanne, lors d'une cérémonie aussi émouvante que réussie. « Des plumes de
plomb », paru depuis chez Jacques André Editeur, raconte trois parcours
d'hommes, issus d'une même famille. Trois hommes qui devraient se rencontrer,
mais qui passent leur temps à se louper. L'histoire court sur trois générations
et se déroule à Lyon. Nicolas Tondu sera l'invité de la librairie Les Lettres à
Croquer, 104, cours Emile-Zola (métro République), ce samedi 16 janvier à
partir de 17 h 30.
« Des plumes de plomb », Jacques André Editeur, 17
euros
Un talent à découvrir / Photo
Bernard Jadot
Les tours anthracite bordent les boulevards
Les immeubles sont drapés d’un opaque brouillard
Une faune pathétique émerge de la grisaille
Comme un cortège morbide suivant des funérailles
Le ronron des voitures furtif et lancinant
Le balai des piétons stupide et agaçant
Les néons agressifs d’un centre commercial
Aux couleurs outrancières qui rendent la lumière sale
Emporté par la vague, disloqué dans la masse
Je gravis les niveaux sans faire aucun effort
Je laisse glisser mes jambes sur les escalators
Inutile pied de nez à la monotonie
Je ne crois plus en rien, même pas à la beauté
En proie à l’affliction, je préfère m’en aller.
JEUNES
FEMMES SURACTIVES
Les jeunes femmes suractives ont des talons qui claquent
Mascara et Rimmel, tout un monde dans leur sac
Sous leurs collants très fins, les mollets sont galbés
Les cours d’aérobic sont rentabilisés
Comme des panthères voraces, elles s’agrippent à l’asphalte
Toutes de noir vêtues, pépites de basalte
Energie, dynamisme et crédibilité
Définissent les principes d’une nouvelle trinité
Créatures lauréates du prix de l’arrogance
Elles réouvrent les plaies de mon inconsistance
Quand je croise leurs regards dans la rue de Chevreul
Je n’ai qu’une seule envie : leur cracher à la gueule
Et pourtant, je ne peux résister aux délices
De leurs silhouettes agiles, de leurs seins, de leurs cuisses
Elles ont l’air aussi froides que des morceaux d’acier
Mais moi, servile aimant, je me sens attiré.
La quête de la beauté est le secret de la vie
Mais qui donc a bien pu sortir une telle ânerie ?
Je l’ai cherchée mille fois sans jamais la trouver
C’est donc vers la laideur que je me suis tourné
J’ai sombré corps et âme dans le vice et l’alcool
Tel un vulgaire organe trempé dans le formol
Au fil des années, je me suis imbibé
De l’abjection du monde, de sa médiocrité
Je suis une pauvre loque repue de complaisance
Dans les bulles frétillantes je jauge mon désarroi
Ma vie est un grand verre qui ne désemplit pas
Accoudé au comptoir, je hume l’insignifiance
Ambassadeur moderne de la désillusion
Scénariste et acteur de ma déréliction
Passé, présent, avenir, sont pour moi des mirages
Je glisse sur le temps comme un whisky hors d’âge
Où se tapit la joie que l’on m’avait promise ?
La légèreté du vent, la fraîcheur de la brise
Hibernent dans les limbes d’un terrier insondable
Au-dessus le bonheur est une chose improbable.
RUPTURE
Je suis mort hier soir mais ça ne se voit pas
Elle na pas dit grand-chose, juste que c’était fini
Dans le fond du frigo, il restait du Gouda
Des tranches de saucisson et un peu de céleri
Mes 238 chaînes ne m’aidaient pas vraiment
Je suis resté prostré devant mon écran plat
Au journal de vingt heures, des milliers d’étudiants
Défilaient dans les rues avec les syndicats
Le monde répétitif rabâchait sa rengaine
Patrick Poivre d’Arvor enchaînait les rictus
La blancheur agressive sortait de l’halogène
En même temps qu’une douleur sourdait de mon plexus
Le mal était partiel puis il devint chronique
J’ai regardé un film et un documentaire
Des pingouins s’ébrouaient dans l’Océan Arctique
Avant de me coucher, j’ai pris des somnifères.
Paysages immortels, labyrinthe mémoriel
A une époque lointaine, j’ai vécu des moments
Je n’en suis plus très sûr, tout est flou à présent
Comment éradiquer cette fuite éternelle ?
J’ai vu l’écume des vagues, mourir sur les falaises
Ressenti les caresses des zéphyrs sur ma peau
Le soleil empourpré se mirer sur les flots
Et succombé au charme de ton regard de braise
Oui, je peux l’affirmer : il y a eu quelque chose
Un sentiment furtif a transpercé ma vie
Le but de sa mission semblait mal défini
Quand j’ai enlevé la flèche, j’avais des ecchymoses.
Après-midi shopping au Géant Casino
Sans doute la résurgence de mon côté maso
Question métaphysique au rayon surgelé :
Duo de viande en sauce ou hachis Parmentier ?
Ménagères engrossées, grands-mères rabougries
Dans un balai commun, actionnent leurs caddies
Un vieillard hébété face à des sous-vêtements
Songe avec nostalgie aux rêves mouillés d’antan
Compartiment fromage : Emmental ou Epoisses ?
Surtout faire attention au taux de matière grasse
Un gamin me regarde avec un grand sourire
Toi aussi mon petit, un jour tu vas grossir !
Je poursuis mon périple en plein cœur du tumulte
Remise sur la lessive, les ménagères exultent
Une voix presque suave, façon aéroport
Annonce une promotion sur l’agneau et le porc
Le sens a disparu mais ça ne compte pas
Je navigue au hasard, n’advienne que pourra !
Accrochant quelques mioches à l’aide de mon chariot
Ils braillent sur leur mère, je trouve ça rigolo
Terminus de l’acheteur, arrivée à la caisse
L’homme est un être vil rongé par sa faiblesse
L’employée est quelconque mais porte un décolleté
Dont l’affable échancrure est vite remarquée
Ranger ses commissions dans un sac en plastique
Se jeter dans l’action, éluder le tragique
Sortir sa carte bleue puis composer le code
Prendre part à la vie, en attester le mode
Dehors sur le parking, un immigré roumain
Veut me taper du fric. Je ne lui donne rien.
Il y a dans ses yeux beaucoup de pessimisme
Tandis que dans les miens, miroite le cynisme.
Dans le creux du vallon, il y a une rivière
Au printemps, elle sinue au milieu des violettes
C’est ici qu’un beau jour j’ai retrouvé mon père
Quelques secondes avant qu’il n’actionne la gâchette
Il m’a dit à bientôt puis il s’est retourné
Un papillon orange figé sur son épaule
Dans un grondement sourd sa tête a explosé
Son corps s’est refroidi sous les branches d’un saule
Je n’ai pas su pleurer quand j’ai vu ses yeux vides
Une douce sérénité irradiait son visage
Rappelant vaguement la grâce d’une sylphide
Ou celle d’un nouveau-né bercé par le ramage
Qui s’évanouissait sur un lit de fougères
On aurait presque dit qu’il faisait une prière.
ERRANCE
NOCTURNE
Il est minuit passé
J’ai loupé mon métro
Des lascars défoncés
Insultent les clodos
Par crainte de l’ennui
Je n’rentre pas chez moi
Serpentant dans la nuit
Comme un joli Boa
Je croise un homme perdu,
Lui indique son chemin :
« - La place Charles Hernu ?
À droite, un peu plus loin. »
Sentir le vent glacé
Congeler ses épaules
Malgré la vacuité
Nous jouons tous un rôle
La limite est ténue
Nous marchons sur un fil
Nous exsudons le pus
Nous recrachons la bile
Une grand-mère édentée
Sort faire pisser son chien
À part un fox-terrier
Il ne lui reste rien.
J’aimerais m’emplir de conviction
Pactiser avec le réel
Prendre des cours de natation
Ou me remettre au violoncelle
J’envie la glissade quotidienne
Des gens qui surfent sur la vie
Sans jamais ménager leur peine
Ni succomber à l’apathie
Avachi sur mon canapé
Parfois j’envisage un sursaut
Un week-end aux îles Borromées
Avec une fille au bord de l’eau
A Neuilly, les journées s’empilent
Comme les canettes que je sirote
Je suis une petite marmotte
Qui hiberne au cœur de la ville.
MACHINE
À CAFÉ
Elle renferme en son sein des gobelets en plastique
Son aspect extérieur est assez insipide
Et pourtant, autour d’elle, des employés stupides
Chaque jour se regroupent en cercle pathétique
Ils devisent sur des choses sans aucune importance
Les résultats sportifs ou bien la météo
Tous ensemble, ils échangent des bouts de leur ego
Simulant l’illusion d’une vague consistance
Certains d’entre eux pratiquent les blagues lourdes et vaseuses
Sur les blondes ou les belges, peu importe le sujet
C’est marrant comme les gens n’ont pas honte d’être niais
Quand ils étalent sciemment leurs conneries foireuses
Et stoïque, la machine continue son travail
Préparant les cafés dans cette ambiance morose
Elle a tout le loisir d’apprécier la sclérose
De ces êtres qui s’agitent comme de petits cobayes.
LA
RENTRÉE DES CADRES
Echange de politesses en salle climatisée
Réunion de rentrée, objectif recadrage
Monsieur le Directeur sonne le glas de l’été
Exhortant l’auditoire au défi, au courage
Des cadres malléables écoutent religieusement
Ce lancinant refrain qu’ils connaissent par cœur
L’insidieuse ritournelle aux couplets aliénants
Censée communiquer l’enthousiasme et l’ardeur
Certains pensent aux vies qu’ils n’ont jamais vécues
Aux passions ensevelies, au potentiel gâché
D’autres ont les yeux rivés sur les seins et le cul
D’une nouvelle secrétaire que l’on vient d’embaucher
Face à l’organigramme déployé sur le mur
On peut faire l’expérience de son insignifiance
Mesurer la béance, l’abîme ou la fissure
Qui sépare notre poste des plus hautes instances
Comme partout, il existe aussi des rois du zèle
Qui ne peuvent s’empêcher de poser des questions
Ils font vaguement penser à ces élèves modèles
Prêts à n’importe quoi pour capter l’attention
Enhardi, le « Grand Boss » leur propose son bilan
Les secteurs de profits, les zones de déficits
Une logorrhée de chiffres corrode nos tympans
Et les moins aguerris, contractent des otites
Des parts de quiche lorraine et de pizza au thon
Clôtureront la journée sur une note conviviale
Le cerveau délavé, les cadres gagneront
Le douillet microcosme de leur nid conjugal.
І
Trilogie de l’amour : première phase idyllique
De jeunes femmes nous dépassent mais je ne vois que toi
Un beau jour un athée a découvert la foi
Et posa sur le monde un regard extatique
L’imbrication parfaite de nos phalanges moites
Indubitable preuve d’un lien physiologique
Peut-être existe-t-il un lieu ontologique
Où nos esprits fusionnent, où nos âmes s’emboîtent ?
Nous flânons et demain n’a aucune importance
Il est à peine seize heures, tu voudrais un Coca
Sans faire le moindre effort, je me plis à tes lois
Assis à une terrasse, nous discutons vacances
Pour toi c’est le Mexique, la Chine ou l’Australie
Avec un brin d’humour, je te parle de Poitiers
De son Hôtel de Ville et de ses rues pavées
A cette époque encore, tu aimes mon ironie
Le soir nous nous rendons dans une pizzeria
Je choisis une Calzonne, toi une Napolitaine
Le tout accompagné d’un rosé de Modène
J’ignorais que les fées appréciaient les anchois
En rentrant, je t’embrasse sur le pont Guillotière
On se fout des clichés quand on est amoureux
Sans doute n’ai-je jamais été aussi heureux
Sur l’eau, la lune rousse dispense sa lumière.
II
Trilogie de l’amour : phase d’atténuation
Quand la passion faiblit, arrive la tendresse
Nos ébats se tarissent : est-ce un signe de détresse ?
Par crainte ou par lâcheté, nous affirmons que non
Nous sommes fiers d’afficher notre complicité
Surtout chez des amis qui sont célibataires
Profusion de « bisous », pléthore de manières
Lorsque le vide existe, il faut bien le combler
Partir à l’abordage de la quotidienneté
Ton regard est un peu comme un mauvais roman
Tout est moins mystérieux, rien n’est plus exaltant
Quand tu fais la cuisine, j’allume la télé
Sur ton corps, aucune terre ne m’est plus inconnue
J’ai arpenté les plaines de ta géographie
Les sommets, les abîmes et les isthmes aussi
En ouvrant les volets, je constate qu’il a plu
Puis je retourne au lit, tu n’es pas réveillée
Si tu étais moins belle, ça serait plus facile
Je ne m’accrocherais pas à ces branches fragiles
J’aurais moins de scrupules à me laisser tomber
ІІІ
Trilogie de l’amour : phase de l’inéluctable
Des jeunes femmes nous dépassent et je ne vois plus qu’elles
Sous leurs jupes, on devine les culottes en dentelle
Même te tenir la main devient insupportable
Depuis quelques semaines, je couche avec Sophie
J’ai retrouvé la fougue que j’avais à vingt ans
Elle n’en n’a que dix huit : c’est un peu embêtant
Le besoin de fraîcheur est une pathologie
Ce week-end nous projetons d’aller à Deauville
Je te dirai sans doute que j’y vais pour affaire
J’ai déjà réservé une chambre au Bord de Mer
Que les guides qualifient : « d’hôtel calme et tranquille »
Le décès d’une histoire est ainsi proclamé
La poursuite du bonheur est un jeu ridicule
Je me satisferai de soleils minuscules
Dont les rayons diaphanes ne feront que passer.
EMBOUTEILLAGES
Le parc automobile est un miroir social
J’aime les embouteillages pour leur dose de tension
L’été, quand il fait chaud, je ressens sur mes poils
Le tressaillement humide de la transpiration
Balancer un regard à la femme de derrière
Technique de séduction via un rétroviseur
Dans un faisceau doré, des milliers de poussières
Improvisent un balai comme de petits danseurs
Un jeune homme agacé moleste son klaxon
Comment lui faire comprendre que ça ne sert à rien ?
Que ses protestations sont comme des cris aphones
Dilués dans la mer de l’affairement humain
Des trentenaires engoncées dans leurs tailleurs Chanel
Profitent des accalmies pour s’essuyer le front
Un léger voile gris masque le bleu du ciel
Tranquilles, nous atteignons des pics de pollution.
On ouvre la fenêtre pour sentir l’air vicié
Espérant un orage ou une pluie diluvienne
Une chose assez puissante pour venir éroder
Un à un les maillons de cette horrible chaîne.
BRINDILLE COCAÏNÉE
Jolie brindille cocaïnée
Ta taille de guêpe anorexique
Tes petites narines enneigées
Rendaient mes soirées exotiques
J’aimais te regarder danser
Au gré des rythmes hypnotiques
Abdominaux, nombril percé
Et déhanchements frénétiques
Tu es décédée hier soir
D’une surdose d’amphétamines
On t’a trouvée dans le couloir
Affalée devant les latrines
Il paraît que tu célébrais
Ton dix-huitième anniversaire
Le long de ta bouche s’écoulait
Un peu de liquide salivaire
Une dernière fois, tu es passée
Sur cette piste où tu régnais
Dans une civière, dissimulée
Par le drap blanc qui t’entourait.
LE
JOGGER DU DIMANCHE
Ruissellements graisseux tout le long de mon torse
Conséquences humides d’une vie sédentaire
Effondrement physique, inertie musculaire
Allure de pachyderme, agilité de morse
Au bout de deux minutes, mes triceps suraux
Sous l’emprise délétère de l’acide lactique
Me renvoient cruellement à cette lute pathétique
Cette stupide soumission au diktat des kilos
Un septuagénaire me double avec aisance
Sans savoir à quel point, sa foulée est cruelle
La rythmique syncopée telle un maudit scalpel
Incise mon ego et lacère ma confiance
Comme moi d’autres gens, courageux citadins,
Ont déclaré la guerre aux cellules adipeuses
Il semble qu’étant mince, la vie est plus heureuse
C’est pourquoi nous joggons tous les dimanches matins
Certaines femmes ne sont là que pour la cellulite
Dont le spectre grandit à l’approche de l’été
La hantise terrifiante de se voir boudinées
Les motive pour courir plus longtemps et plus vite
Tous en chœur, nous expions les heures épicuriennes
Où le sucre et le beurre étaient choses communes
Avant de devenir les motifs d’infortune
Qui sans cesse alimentent l’amertume et la peine.
SOFITEL
RUE DE GRENELLE
De la fenêtre d’un Sofitel
Je vois des gens prendre le bus
Sur les trottoirs rue de Grenelle
Règne une ambiance de terminus
Intoxiqués au Lexomil
Dépendants des substances chimiques
De petits groupes d’haltérophiles
Soulèvent leur poids métaphysique
L’hiver est rude, le froid cinglant
Et dans les corps emmitouflés
Se cache le désir innocent
De voir les choses se transformer
De voir enfin une main tendue
D’échanger un simple sourire
De parler à un inconnu
Sans éprouver l’envie de fuir.
MEETIC.COM
A l’heure du troisième millénaire
Les couples ont un goût d’éphémère
J’ai connu Marie sur meetic
Au détour d’allusions lubriques
Nous nous sommes vus deux ou trois fois
Au Formule 1, ou bien chez moi
Les discutions étaient formelles
Nos motivations sexuelles
Après, j’ai rencontré Emma
Petits seins ronds et ventre plat
Nos ego utilitaristes
Pour velléités hédonistes
Puis ce fut au tour de Manon
Délicieuse île de perversion
Sur laquelle j’aimais m’évader
Dans la chaleur d’une nuit d’été
Via le réseau informatique
Se nouent des relations ludiques
Concrétisées par des étreintes
Sans inconvénient ni contrainte
Un nouveau théâtre affectif
Moins passionnel donc moins nocif
Présente sur nos ordinateurs
Une version light du bonheur.
Des Plumes de plomb, c'est l'histoire d'Antoine, de Daniel et de Paul. D'un
C'est un roman sur des
individus marqués par le deuil qui
Extrait
Certaines situations paraissaient inextricables tant qu’on ne les avait pas vécues et puis, le fait d’y être confronté, provoquait une sorte de déclic où on n’avait plus besoin de peser le pour et le contre, où les choses s’imposaient d’elles-mêmes avec une force naturelle. Il était au crépuscule de sa vie. Son pauvre petit coeur était là pour le lui rappeler à chaque fois qu’il l’oubliait. Il n’avait plus de temps à perdre dans de futiles chamailleries. La rancoeur était un sentiment fait pour la jeunesse. L’âge aidant, on apprenait à en mesurer toute la vanité.


